Il est temps de jouer la transparence (Interview de Mr Ahmed EL KARM) 

La BVMT et les turbulences internationales (Interview de Mr Ahmed EL KARM)
La dette n'est pas un mal en soi (Interview de Mr Ahmed EL KARM)  

Le recouvrement des créances, un problème dont la solution ne peut attendre (Interview de Mr Ahmed EL KARM)  

 L' Entreprise et le Financement (Intervention de Mr Ahmed EL KARM)

Le secteur bancaire doit s’adapter aux mutations technologiques (Interview de Mr Ahmed EL KARM)

La Tunisie a vocation à devenir un pôle régional de santé (Interview de Mr Ahmed EL KARM)

 Les règles prudentielles n'affectent en rien le rapport BANQUES/ENTREPRISES

Préparer La Reprise (Interview de Mr Ahmed EL KARM)

Rien n'exclut le recours d'AMEN BANK à une notation (Interview de Mr Ahmed EL KARM)

La fusion des banques n'est pas une panacée (Interview de Mr Ahmed EL KARM)

Les contrats à terme de taux d'intérêt

A risque élevé, gestionnaire spécifique (Interview de Mr Ahmed EL KARM)

Promotion immobilière : Etat des lieux et perspectives d'avenir (Interview de Mr Ahmed EL KARM)

La Banque de Demain : POUR UN CONTRAT DE CONFIANCE (Interview de Mr Ahmed EL KARM)

Source : L'expression – N° 22 - du 14 au 20 mars 2008.

 

M. Ahmed EL KARM

Vice-Président Directeur Général d’Amen Bank

 

Il est temps de jouer la transparence

 

  "L'Expression" : Apparemment rien ne va plus entre hôteliers et les banques, les premiers accusant les seconds d'avoir appliqué des taux d'intérêts faramineux au mépris de la réglementation de la BCT, surtout celle interdisant la capitalisation des intérêts non payés afin de générer d'autres intérêts. Les hôteliers ne sont-ils pas dans leur droit ?

 

Ahmed El Karm : C'est un faux problème. D'autant plus faux que les banques ont constamment fait des abattements qui correspondent globalement aux soit disant intérêts faramineux dont vous parlez.

 

Amen Bank, dont 10% des engagements intéressent le secteur touristique, ainsi que les autres banques de la place, et je suis bien placé pour le savoir, sont constamment disposées à négocier et à trouver les arrangements nécessaires dès que l'hôtelier, manifeste une sincère volonté de payer ses dettes ou de les réduire. Et, croyez-moi, la première chose dont on discute, c'est précisément la révision des frais financiers.

 

Les banques ont crée des sociétés de recouvrement, ce qui a été interprété par les hôteliers comme un durcissement de la position des banquiers qui, apparemment, ne daignent plus négocier directement avec eux ?

La création des sociétés de recouvrement a deux objectifs. En premier lieu nettoyer les bilans des banques afin d'avoir des ratios conformes à la législation en vigueur. En second lieu créer un cadre idoine pour mener à bien les négociations avec les hôteliers.

 

Si cela peut rassurer les promoteurs touristiques et hôteliers, je peux vous affirmer que les banques ne désirent nullement les attaquer en justice pour peu qu'ils se manifestent et émettent le désir d'assainir leur situation.

 

Que préconisez-vous pour sortir de cette impasse ?

Je crois que le temps est venu de jouer la transparence. A ce niveau, je me permets de m'interroger pour savoir si certains des hôteliers sont en train de transférer leurs revenus, s'ils déclarent toutes leurs recettes et s'ils sont réellement prêts à régler leurs dettes une fois pour toutes et à réinjecter les ressources nécessaires pour consolider leurs affaires.

 

Pour ma part, j'estime que le secteur a assez dérapé et qu'il est grand temps de revenir à plus de sérieux. Notre tourisme était en crise. Mais depuis trois ans au moins, il se porte mieux pour les affaires convenablement gérées.

 

J'estime que si l'hôtelier présente un plan sérieux de règlement de sa dette, les banques sont toujours prêtes à concéder les abattements nécessaires. Amen Bank a toujours un regard bienveillant pour le secteur touristique. Pour preuve : elle a fait plusieurs arrangements qui se dénouent convenablement avec ses partenaires hôteliers.

 

Par ailleurs, Amen Bank a été retenue parmi les premières banques pour contribuer à la réussite et au financement du programme de la mise à niveau du secteur touristique. L'Agence française de développement (AFD) a habilité Amen Bank pour gérer les ressources mises à la disposition du programme de mise à niveau afin de les réutiliser sous forme de crédits à allouer aux hôteliers concernés. Les crédits sont octroyés à des conditions favorables notamment pour ce qui est de la durée et des taux d'intérêts.

 

Propos recueillis par

Mohamed Bergaoui

 

 

 

 

Source : Le Quotidien – Dimanche le 24 Février 2008

 

M. Ahmed EL KARM

Vice-Président Directeur Général d’Amen Bank

 

Intitulé : La BVMT et les turbulences internationales

 

Depuis quelques mois, le monde de la finance est perplexe. De la crise financière aux États-unis qui contamine les marchés internationaux, à la flambée des cours des matières premières et des pro­duits de base et du pétrole, en passant par la ré­cession économique et au ralentissement de l'activité dans la zone euro, les opérateurs s'interrogent. En Tunisie et ailleurs dans la zone Méda-Sud. Dans quelle mesure ces turbulences financières ne contamineraient-elles pas, à terme, la sphère réelle en général et dans les pays Méda-Sud en particulier, et notamment, en Tunisie.

 

Le « QUOTIDIEN » initie en collaboration avec «PERSPECO», Laboratoire Euro-Med d'Analyses Économiques, une série d'entretiens avec des personnalités du monde de l'économie et de la fi­nance, pour faire le point de la situation, et évaluer les perspectives futures, en Tunisie, et plus géné­ralement dans la Zone Méda-Sud.

Tahar E Almi

 

Dans ce premier volet, nous avons invité M. Ahmed El Karm, Directeur Général d'Amen Bank, pour nous présenter son point de vue sur la problématique.

 

Le marché tunisien est devenu très fébrile, après les désajustements financiers survenus au lendemain de la crise financière aux États-unis, relative aux crédits à risques et qui n'est pas prête de se terminer. Y a-t-il un risque de contamination pour le marché boursier tunisien?

 

« Je ne pense pas réellement qu'il y a un risque à ce niveau. Le marché tunisien n'est pas totalement intégré au marché international. Des garde-fous protecteurs fonctionnent encore efficacement. Je vise en particulier le contrôle des changes qui ne permet pas aux non-résidents d'acquérir des actions librement en Bourse au-delà d'un certain seuil.

Ces limitations seront toujours en vigueur, parce que l'économie tunisienne ne peut pas supporter des remous de grandes amplitudes et des chocs monétaires et financiers externes.

Et si depuis quelques semaines, on avait observé des réajustements au niveau du marché boursier de Tunis, ce sont des corrections purement conjoncturelles. Elles ne sont nullement attribuables à la crise financière internationale récente».

 

Si ces garde-fous, en matière de change, sont utiles pour protéger le marché, est-ce qu'ils ne risquent pas de contraindre le développement des marchés financier et boursier tunisiens?

 

« Du tout. Nous constatons que la part des étrangers non-résidents, acquéreurs d'actions en Tunisie, est entrain d'augmenter d'année en année. Ils ne semblent pas être bloqués par les limitations actuelles. C'est que les sociétés cotées sur la place de Tunis offrent des attraits évidents aux in­vestisseurs, demandeurs de rendements impor­tants avec un minimum de risques.

Je pense que le développement du marché financier tunisien, la consolidation de sa croissance et son rayonnement jouent un rôle d'outil majeur pour la collecte de l'épargne longue et le financement des investissements productifs, créateurs d'emplois et de revenus stables.

Le marché financier actuel est porté par des en­treprises privées. De fait, les entreprises publiques ne semblent pas privilégier le recours au marché boursier et les privatisations tels que celles des cimenteries ou des entreprises de télécoms se sont réalisées, sans passer par le marché financier. Il serait autrement plus intéressant que parallèlement à la cession de la majorité du capital de ces entreprises à des investisseurs non résidents, une partie minoritaire soft proposée aux épargnants pour accroître la base du marché financier et augmenter par la même occasion, sa profondeur.

De même, la demande peut se développer très rapidement, si les principaux organismes de prévoyance et de sécurité sociale à excédents permanents de ressources orientent une partie, même minime, de leurs liquidités vers des placements dans des valeurs mobilières.

Se créera ainsi progressivement la profondeur qui manque tellement au marché boursier tunisien et sans laquelle, il sera difficile de voir se consacrer la finance directe comme outil majeur de mo­bilisation de l'épargne longue et comme source privilégiée de financement des entreprises.

 

En parallèle à ces aspects structurels, ne pensez-vous pas que la politique de change relativement contraignante contribue négativement au développement du marché boursier?

 

Non, je ne le pense pas. Au contraire, les as­souplissements mis en place récemment en la matière, permettent une ouverture raisonnée du marché boursier et financier de la place de Tunis sur le marché international.

Il ne faudrait pas non plus, perdre de vue, les différents chocs qu'ont eu à subir les places asiatiques, suite aux désajustements des marchés financiers internationaux, au cours des trois dernières décennies.

Et tout récemment encore, la crise du marché financier américain des « subprimes », les fameux crédits à risques américains, a provoqué des effets de contamination sur les marchés européens et asiatiques.

En ce qui concerne, la Tunisie, je pense que nous avons toujours besoin d'une relative protection, de la place de Tunis. Une ouverture excessive du marché financier, risque d'amplifier les mouvements spéculatifs et de générer des bulles boursières et financières qui finiront par éclater. Et l'on a vu les conséquences de cette situation sur la sphère réelle et sur la croissance économique.

Ce dont la place de Tunis a besoin, c'est une dose de sélectivité pour attirer des capitaux non résidents réellement intéressés par les marchés financier et boursier tunisien pour éviter de les fragiliser en les soumettant aux chocs monétaires et financiers internationaux.

Néanmoins, il ne faut pas oublier que toute protection administrative ne peut jouer qu'un rôle secondaire dans la crédibilité du marché boursier. Cette crédibilité demeure largement tributaire de l'efficacité de la gestion de l'économie nationale et de la solidité des fondamentaux. Elfe demeure également fortement liée à la profondeur du marché, à fa mo­dernisation de ses mécanismes de fonctionnement et surtout à l'autonomie et l'indépendance des organes de régulation.

La Bourse de Tunisie est sur la bonne voie. Avec plus d'ambition et d'audace, elle peut jouer un rôle important dans une stratégie opérante ambition­nant de faire de Tunis un centre financier régional.

 

Propos recueillis par : Mouna HAOUET et Slim KÉFI

 

Source : Entretien publié au Magazine – L’Expert – N°139- 140 – Juillet 2006

 

M. Ahmed EL KARM

Vice-Président Directeur Général d’Amen Bank

 

« Le secteur bancaire doit s’adapter

aux mutations technologiques »

 

Consolidation du fond de commerce, une refonte totale du système d’information, une plus grande modernisation des applications informatiques, raccourcissement des délais de traite­ment des dossiers, diversification des services fournis à la clientèle... Telles sont les actions force entreprises par l’Amen Bank au cours de l’exercice 2005. M. A.hmed Karam, vice-prési­dent et directeur général fait le bilan des activités de la banque.

 

 

Quelle lecture faites-vous du bilan d’activités 2005?

 

L’année 2005 a été pour Amen Bank une période d’évolution des activités au vu du rythme de la croissance écono­mique. L’essentiel de l’effort a été entrepris pour consolider le fond de commerce de la banque au moyen d’une refonte totale du sys­tème d’information, effort dans un sens assurant la plus grande moder­nisation des applications informa­tiques permettant le raccourcisse­ment des délais de traitement des dossiers et une diversification des services fournis à la clientèle. Comme chaque année, un effort important a été consacré à la com­pression des charges par une réduc­tion des frais financiers attachés au dépôt et une maîtrise de l’évolution des charges de fonctionnement. De même, l’effort habituel entrepris par la banque visant à consolider ses assises s’est poursuivi en 2005 par le renforcement des provisions qui couvrent désormais 55% des créances classées avec l’objectif d’améliorer sensiblement ce ratio avec un effort soutenu. En chiffres sur le plan résultats nous avons réa­lisé 19 millions de dinars et ce mal­gré l’effort d’approvisionnement. Soit une évolution supérieure de plus de 5.2%.

 

Comment est-ce que Amen Bank s’est préparée pour Bâle II?

 

C’est dans ce cadre que nous essayons de conti­nuer, comme je l’avais expliqué, à renforcer le provisionnement des créances d’approvisionnement par les créances et que nous avons lancé un appel d’offres internatio­nal pour préparer l’implémentation des règles de Bâle II au sein de l’Amen Bank pour ce qui est des crédits aux entreprises et aux parti­culiers.

 

Mais certains experts occidentaux se sont élevés contre Bâle II en estimant que Bâle Il ne pourrait pas  être appli­qué Aux petites banques. Pourquoi voulez-vous adopter Bâle II alors?

Je pense que maintenant il ne s’agit pas de Bâle II puisque, comme vous le savez, l’application effective sera, le cas échéant, arrêtée par un texte émanant des autorités monétaires. Les simulations que nous allons faire au niveau d’Amen Bank sont adéquates et internes avec comme objectif de représenter tous les intervenants. Une manière d’avoir des risques conformes aux standards internationaux, mais l’application effective tiendra compte inévita­blement de ce que décideront les autorités monétaires. L’idéal est de faire transiter le système de contrôle du système actuel et baser principalement sur  les incidents de paiements, un système qui serait d’inspiration BALE II.

 

Monsieur le Gouverneur de la Banque Centrale a déclaré qu’on serait obligé un jour d’appliquer Râle II...

 

C’est une aspira­tion. Mais, il faut prendre en consi­dération les spécificités de l’éco­nomie tunisienne et la situation des banques installées en Tunisie.

 

Le vocabulaire à la mode aujourd’hui est l’industria­lisation bancaire. Récemment, on a présenté des chiffres pour mon­trer que les banques en France sont de grands créateurs privés d’emploi, et ce n’est pas le cas en Tunisie

 

Il faut dire que le métier de la banque est sous l’effet de deux phénomènes majeurs :

 

1- la percée technologique qui per­met au client d’effectuer des opé­rations bancaires à partir de son domicile. Si nous faisons des sta­tistiques chez les banques interna­tionales dans les dix dernières années, rares sont les personnes qui se déplacent chez les agences bancaires. L’agence devient un point de vente et de fourniture de services. Ce qui suppose un chan­gement dans la formation des employés. C’est pour cela que nos banques sont en phase de mutation pour s’intégrer complètement. Par la suite, le plan de recrutement va reprendre normalement. La banque est un secteur d’évolution et d’ave­nir.

 

2-     Mondialisation oblige, les banques tunisiennes doivent rayonner sur d’autres marchés pour compléter et consolider leurs acquis en Tunisie. Il faut que les banques tunisiennes commencent à réfléchir sérieusement à s’instal­ler dans les pays voisins. Les éco­nomies des pays de Maghreb évo­luent à des niveaux divers. Le sys­tème bancaire n’est pas au même niveau d’évolution, donc il convient de faire profiter les pays de notre savoir faire et accompa­gner l’entreprise tunisienne qui s’internationalise.

 

Il y a un avis selon lequel les nouvelles conditions du marché nécessitent un rapproche­ment entre les banques. Etes-vous d’accord avec ce point de vue ?

 

Imaginons le scé­nario où l’on fusionne toutes les banques tunisiennes ensemble. On aura une banque de taille inférieu­re à une banque régionale ailleurs.

 

La fusion n’apporte pas des solu­tions radicales. Ce qui importe au-delà de la fusion, c’est que les banques cherchent des vocations. Une fusion permet une économie d’échelle et quelques synergies. Cela reste assez faible, compte tenu du commerce international, à l’horizon de 2008

 

Il   faut que nos banques se posi­tionnent dans des créneaux et se confirment. Il y a des banques à l’échelle internationale qui ne font pas de détail demandé. La banque universelle n’est pas nécessaire­ment une banque qui fait tout.

 

Revenons à la modernisation. Les modes de paiement ont changé. Que pensez-vous des cartes électroniques ?

 

Pour la moné­tique, c’est un investissement. Nous disposons aujourd’hui de presque 90 DAB répartis sur l’en­semble du territoire national. Presque toutes nos agences sont dotées de DAB et nous disposons de DAB hors site. Nous venons d’acquérir un nouveau logiciel qui va contribuer à l’amélioration des services rendus à la clientèle et réduire le coût.

Le développement de la monétique ne se fait pas seulement par le biais de l’investissement.

Le développement monétique en Tunisie est le résultat des efforts conjugués des autorités moné­taires, agent économique, l’envi­ronnement juridique et fiscal.

Notre bilan monétique commence à devenir, fort heureusement, bénéficiaire. Le mouvement des opérations monétiques à l‘AMEN Banque augmente chaque année à un rythme croissant avoisinant les 20% grâce à notre politique com­merciale agressive.

 

Comment s’effectue­ra selon vous le passage à l’éco­nomie immatérielle ?

 

La culture bancai­re, malheureusement, est une cul­ture basée sur la garantie réelle (Immobiliers, équipements). Nous ne disposons pas d’assez d’expériences en matière de finan­cement de l’immatériel... C’est une carence il faudrait y remé­dier très vite.

Les secteurs qui vont tirer l’écono­mie tunisienne à l’avant comporte une composante immatérielle importante.

Pour le cas de l’Amen Banque, nous avons commencé par le recrutement des ingénieurs qui pourront éclairer le financier en matière de financement de l’imma­tériel. Ces ingénieurs sont très proches du monde des affaires. Il faut peu, au niveau de 1’APBTEF, pour renforcer le personnel de la banque afin de pouvoir faire évoluer la composante immatérielle.

 

 

Entretien conduit par Mr Moncef Mahroug au profit du site Webmanagercenter

M. Ahmed EL KARM

Vice-Président Directeur Général d’Amen Bank

«Rien n'exclut le recours d'Amen Bank à une notation»

 

Le passage à Bâle II nécessite de la préparation, donc du temps, souligne le Vice-Président Directeur Général  d'Amen Bank. Qui rappelle ce que fait sa banque dans la perspective de cette échéance.

Lors d'un séminaire sur les «réglementations bancaires comparées et le passage à Bâle II», M. Taoufik Baccar, Gouverneur de la Banque Centrale a déclaré que «l'action des autorités tend à se focaliser sur un renforcement des normes existantes en matière de gestion des risques pour préparer l'adoption, sans heurt, de toutes les nouvelles exigences de Bâle II». Ce qui veut dire que les banques tunisiennes ne sont pas encore prêtes pour passer à Bâle II. Partagez-vous cette analyse ?

Ce qu'a dit le Gouverneur de la Banque Centrale est tout à fait vrai. Des réformes profondes ont été menées pour assainir la situation du système bancaire tunisien. Ces réformes sont en train de donner leurs fruits. Mais, inévitablement, l'œuvre demande du temps. Et les conditions d'une entrée en vigueur des règles de Bâle II sont en train de se mettre en place progressivement. Je pense qu'au moment opportun, toutes les banques seraient prêtes pour assumer ces nouvelles règles prudentielles conçues, d'ailleurs, principalement pour les banques à activité internationale.

Mais l'assainissement ne prend-il pas plus de temps que prévu ?

Non. Au contraire, en Tunisie, les autorités monétaires ont préféré agir rapidement. Regardons le cas d'autres pays, comme le Chili, le Japon, etc. Au Chili, par exemple, les autorités ont donné aux banques un siècle pour assainir leurs situations. Dans ce domaine, des délais de trente ou quarante ans sont tout à fait courants. A défaut, ce sont les pouvoirs publics qui apportent un important soutien financier pour régulariser la situation des banques en difficulté.

Donc, on peut dire qu'en Tunisie les autorités monétaires ont voulu agir vite pour pouvoir présenter un système bancaire respectant, réellement, les normes internationales dans les délais les plus courts.

Que reste-t-il encore à faire pour que le système bancaire soit en mesure de se conformer aux règles de Bâle II ?

La situation des banques s'améliore d'année en année. Bien sûr, la situation diffère d'une institution à l'autre et on ne peut pas, effectivement, traiter toutes les banques de la même manière. Mais le fait que les autorités tunisiennes aient privatisé certaines banques de la place signifie qu'elles cherchent à les installer dans un processus de restructuration serein et dynamique. Le fait également que les banques montrent une volonté réelle pour accélérer le provisionnement des créances classées en y réservant une bonne part du produit net bancaire montre un souci évident pour donner la priorité à une couverture suffisante des créances classées.

Certaines banques de la place vont même jusqu'à renoncer à annoncer des bénéfices préférant affecter tous leurs résultats aux provisions. Ces mesures montrent clairement qu'il y a une plus grande prise de conscience pour donner la priorité à la consolidation des assises financières des banques.

Peut-on avancer une échéance pour le passage à Bâle II ?

On peut difficilement le faire, le dossier se gère d'une manière pragmatique. L'essentiel est de constater que l'évolution est désormais positive. La préparation en vue du passage aux normes de Bâle II s'opère d'une manière cohérente. Il y a notamment la réforme du système d'information des banques pour qu'il puisse supporter les exigences de Bâle II avec ce que cela nécessite, comme l'existence d'un système de notation.

La préparation se manifeste également à travers le souci de mettre en place un système efficace d'audit et de contrôle des engagements et des procédures bancaires. Bâle II implique une nouvelle culture qui rompt avec les anciennes pratiques. De ce fait, il ne faut pas brusquer les comportements pour ne pas avoir d'effets pervers. Il vaut mieux planifier les mutations de manière sereine pour être sûr d'atteindre les objectifs visés.

Où en est Amen Bank en matière de mise à niveau ?

Amen Bank a fait un important effort pour moderniser son système d'information. Nous disposons aujourd'hui d'un système d'information qui n'a rien à envier à ceux des banques internationales. Pour certains métiers, Amen Bank est à la pointe du progrès. Par exemple, chez Amen Bank, la chaîne ‘’financement’’ fonctionne d'une manière totalement électronique, sans support papier. Tous les niveaux de responsabilité contribuent à la décision de financement sans avoir à attendre le transfert des documents et confirme leurs décisions par recours à la signature électronique.

De même, au niveau de l'Internet, Amen Bank propose des solutions de banque directe largement étendues et totalement sécurisées.

Et en matière d'assainissement du portefeuille ?

Nous continuons à le faire. D'abord, nous veillons à ce que les nouveaux risques se prennent d'après des règles orthodoxes. Ensuite, nous activons le recouvrement des créances par l'utilisation des mécanismes novateurs. Enfin, nous fournissons un effort important de provisionnement pour assurer une couverture suffisante des risques et ce, indépendamment des garanties constituées.

Est-ce en raison de leur inaptitude actuelle à se mettre aux normes de Bâle que les banques tunisiennes évitent de se faire noter par des agences de rating ?

Non, les banques se font noter.

Pas toutes.

Effectivement. Mais l'absence de notation n'a pas empêché Amen Bank, par exemple, d'obtenir l'accord pour sortir sur le marché financier international pour lever l'équivalent de 50 millions d'euros, à des conditions très intéressantes et surtout, sans recours à la garantie de l'Etat. L'opération n'a pas encore été réalisée à cause d'un problème de couverture du risque de change.

En effet, l'objectif est d'arriver à ce que les ressources mobilisées en devises nourrissent des crédits en dinars à des taux au moins équivalents à ceux pratiqués sur le marché domestique. Cela exige que la commission censée couvrir le risque de change ne vienne pas grever, outre mesure, le coût final du crédit pour l'entreprise utilisatrice.

Ceci étant, le fait de pouvoir sortir sur le marché financier international, parrainé par des banques européennes de premier ordre, suppose que bien que non notée, Amen Bank est évaluée positivement par les bailleurs des fonds.

D'ailleurs, rien n'exclut le recours d'Amen Bank à une notation volontaire et ce, dans les délais les plus rapprochés.

 

 

 

 

Intervention de Monsieur Ahmed El Karm, Vice-Président Directeur Général d'Amen Bank lors des journées de l'Entreprise tenues les 13 et 14 décembre 2002 autour du thème l'Entreprise et le Financement

Mr le Ministre,
Mr le Président,
Mesdames,
Messieurs,
Chers collègues et amis,

Le groupe dont j'ai eu l'honneur de suivre les travaux est parti d'une question fondamentale : Est-ce que l'environnement macro-économique de la Tunisie permet un financement approprié, sain et efficace des entreprises ?.

Nous avons considéré que pour que cet environnement soit propice à un financement sain, il faudrait qu'à travers les politiques monétaires et financières qui le façonnent, le transforment, se réalisent trois objectifs.

Le premier, c'est la stabilité monétaire. Vous comprenez que sans maîtrise de l'inflation, il n'y a point d'investissement. Il n'y a point de croissance. Et nous avons considéré sur une longue période, en Tunisie, que cet impératif est atteint. L'inflation est réellement maîtrisée comparativement à des pays concurrents à la Tunisie. Et nous avons considéré que dans la maîtrise de l'inflation, l'action monétaire a joué un rôle très important. Une place de choix a été accordée au taux d'intérêt qui est devenu suite aux réformes financières datant de la fin des années 80 un élément essentiel de régulation de la liquidité des banques et donc de celle de l'économie.

On s'est aussi posé la question de savoir s'il n'est pas venu le moment de revoir cette politique de taux d'intérêt dans un sens plus dynamique permettant l'émergence des courbes d'intérêt de court, moyen et long termes avec une variabilité plus fréquente des taux d'intérêt compatible aux contraintes des conjonctures économiques et financières.

Certes, tous les hommes d'affaires se posent maintenant des questions quant au niveau optimal du taux d'intérêt. Je pense que les entreprises sont animées d'un désir réel de comprimer les frais financiers grâce à une baisse des taux d'intérêt. Mais avons-nous réellement en Tunisie une marge de manœuvre pour réduire le taux d'intérêt, quand on sait les répercussions qu'aura cette baisse sur l'évolution de l'épargne et sur la mobilisation de ressources extérieures. C'est un très grand thème à débattre.

Par ailleurs, nous avons considéré que le deuxième objectif de la politique monétaire et financière consiste à veiller sur la solidité des banques. Certes, dans le paysage financier, il n'y a pas que les banques, mais, il faut constater que l'essentiel des financements de l'économie tunisienne est assuré par ces dernières. Donc, avoir des banques solides signifie des possibilités de financement plus importantes et plus sûres.

Des efforts énormes ont été faits, en Tunisie, pour consolider la solidité des banques et pour appliquer les normes et les réglementations en vigueur à l'échelle internationale. En particulier l'évaluation des créances bancaires par des systèmes d'audits suivis par la Banque Centrale. Ce système est actuellement moderne et apparaît conforme aux normes internationales. Il fait apparaître que les banques ont dans leurs bilans un montant assez élevé de créances accrochées nécessitant un traitement urgent. De ce traitement dépendra la capacité des banques à régénérer leurs ressources pour poursuivre leur effort de financement de l'économie. De ce traitement dépendra, également, la capacité des banques à dégager des produits nécessaires pour constituer des provisions suffisantes pour couvrir les risques. A cet effet, je pense que le moment est venu, et la communauté des affaires le pense également, pour se pencher sérieusement sur cette question. Il ne faut plus qu'elle soit un tabou.
C'est une question qu'on doit poser sur la table pour arriver aux meilleures solutions permettant son règlement efficace sans mettre en péril le financement harmonieux de l'économie nationale.

Il y a plusieurs approches qui sont possibles. Une des solutions serait de faire confiance aux banques pour assurer par leurs propres moyens l'effort nécessaire de provisionnement. Mais, compter sur les seules capacités des banques pour les faire nécessiterait des délais très importants. Nous pouvons également décider de recapitaliser les banques ; mais cela pourrait induire un changement radical dans la structure du système bancaire tunisien pouvant aboutir notamment à des privatisations qui pourraient ne pas être ardemment souhaitées.

Nous pouvons également penser qu'à l'instar de ce qui a été fait pour les créances publiques, l'Etat prenne en charge les créances privées. Cela pourrait poser peut être un problème moral. Mais l'Etat devrait à mon avis agir vite car si cette insuffisance de provisions continue à subsister, elle pourrait affecter la notation de l'économie tunisienne et par voie de conséquence sa capacité à attirer des capitaux extérieurs à des conditions avantageuses.

Le troisième objectif consiste à veiller à assurer la sécurité du marché financier. C'est un impératif très important si l'on veut augmenter la part des financements désintermédiés dans le souci, entre autres, de réduire le coût de l'intermédiation. Et là, je pense qu'un marché sûr et efficace doit avoir trois fonctions fondamentales. Certes en Tunisie, nous avons fait beaucoup de réformes pour améliorer l'architecture réglementaire des marchés financier et boursier, mais force est de constater qu'on est encore loin de constater la réalisation des trois fonctions précitées.

Premièrement, le marché financier doit être un bon producteur de l'information. Monsieur Abdelkéfi a longuement parlé de la question de la transparence. Or, la transparence manque dans le marché financier tunisien et les derniers remous que nous avons constatés le prouvent. Ils prouvent clairement que nous devons nous engager, tous, autorité publique, entreprises, banques et intermédiaires en bourse, pour que la transparence des données financières soit une obligation incontournable. Nous devons œuvrer en permanence pour l'assurer quelles que soit les contraintes et les exigences.

Deuxièmement, le marché financier doit être un réducteur de risque et là, il faut reconnaître que la réglementation favorise cet impératif, mais les acteurs de marché financier doivent faire preuve d'innovation pour qu'effectivement, les épargnants, les investisseurs et les intermédiaires encourent le minimum de risque possible en recourant au marché financier.

Enfin, il faut que le marché financier assure convenablement son rôle de pourvoyeur de liquidité. Nous ne pouvons pas dire aux conditions actuelles, que la bourse de Tunis, assure un niveau de liquidité optimum garantissant l'efficacité du marché. Les solutions sont possibles tant du côté de l'offre que de la demande et elles peuvent être mises en place rapidement si les pouvoirs publics acceptent de faire passer par la bourse les opérations de privatisation et à inciter les grands institutionnels à placer en bourse une partie de leurs excédents de liquidité.

Je ne vais pas vous dévoiler tout dans mon intervention. Je vais laisser le soin à des éminents professeurs, Si Alaya, Si Zouari, Mr Metais ,…..pour vous présenter des réflexions profondes et des solutions pratiques en approfondissement des questions que je viens de citer.

Merci de votre attention.

Source : Entretien publié au Magazine - L’Hebdo Touristique – N°750 du 30 juillet au 2 Septembre 2003

 Entretien conduit par Khaled Boumiza au profit du site Webmanagercenter

M. Ahmed EL KARM

Vice-Président Directeur Général d’Amen Bank

« La dette n’est pas un mal en soi »

 

Ahmed El Karm est un ex-cadre de la banque centrale. Il y a fait ses premières armes et les preuves de sa compétence, il a été ensuite recruté par Amen Bank, à l'époque où elle s'appelait encore le CFCT. Economiste confirmé, il est maintenant le Vice-Président Directeur Général de la plus importante banque familiale et privée de la place.

Homme de communication, Ahmed El Karm n'a pas peur des mots pour exprimer ses idées sur ce qui se qui se passe sur la scène financière nationale et dans le secteur bancaire plus précisément.

Avec lui, nous avons évoqué l'épineuse question des crédits accrochés, du rôle et de la responsabilité des banques. Mais aussi des meilleures moyens et des obstacles qui pourraient entraver le règlement de cette question des crédits accrochés.

Comme toutes les banques de la place, Amen Bank  a vu chuter son résultat net pour l'exercice 2002. Une baisse volontariste, puisqu'elle vise essentiellement la couverture des risques et le renforcement des fonds propres.

L'année 2003 aussi, débute avec des chiffres qui confirment la hausse des crédits accrochés et la prise de risque continue des banques, dans une conjoncture que tout le monde traite de pas bonne ou pour le moins, encore instable. Pensez-vous que le secteur bancaire, lui-même encore en phase de restructuration et de modernisation, puisse encore se permettre cette voie?

Il faut d'abord rappeler, que pour créer une économie nationale, il fallait au début de l'indépendance miser sur un capital national qui n'existait pas. Forcément, les risques pris par les banques étaient importants. On en voit, jusqu'à maintenant, les conséquences.

Les choses ont radicalement changé, depuis l'introduction des règles prudentielles et l'évaluation des risques est maintenant une préoccupation majeure de toutes les banques. Il y a maintenant une plus grande sélectivité en terme de choix de financement d'investissement et d'exploitation.

Reste que la Tunisie est passée en 2002 et je pense en 2003 aussi, par une conjoncture difficile, provenant d'un environnement délicat, que ce soit pour l'économie européenne ou l'économie américaine. Et cela se répercute, en terme de croissance, sur notre économie. Il est donc normal que certaines affaires se soient fragilisées par cette conjoncture.

Pour ma part, je demeure confiant et persuadé que ce n'est qu'une crise conjoncturelle qui touche surtout le tourisme et l'industrie manufacturière. Mon espoir est que 2004 sera meilleur et que nous puissions retrouver un rythme de croissance normale de l'économie Tunisienne et par voie de conséquence atténuer les risques rattachés au financement.

N'empêche que les banques ont pris l'initiative d'anticiper et de privilégier, pour les années 2002 et 2003, la réservation des intérêts et la constitution des provisions pour se constituer un matelas de sécurité qui leur permettrait de faire face à tout éventuel aléa.

Cela n'empêche ! Le problème des crédits classés se pose avec une acuité, de plus en plus grande pour les entreprises de crédit; les grands groupes s'endettent de plus en plus auprès d'un secteur bancaire qui se finance, en recourant à la BCT. Est-ce que c'est encore la bonne voie ?

Les créances classées sont un encours qui découle d'une exploitation de plusieurs années. C'est l'accumulation des efforts consentis par les banques, durant les dernières décennies, qui se traduit inévitablement et de manière prévisible par des créances accrochées. On ne peut pas financer le développement et espérer que tout l'effort de financement se traduise par des créances saines.

Le débat, à mon sens, est tout autre et ne se pose pas à partir du constat des créances accrochées ! Aurions-nous pu avoir le tissu industriel, la capacité hôtelière et les activités de services qui sont aujourd'hui les notre, si nous n'avions pas agit ainsi, et pratiqué une politique prudente et restrictive de financement ? Il ne faut pas oublier non plus que tous les hommes d'affaires qui opèrent aujourd'hui sont la création des banques. Certains ont été à la hauteur, d'autres ont malheureusement mal tourné et c'est le propre de l'économie. Il ne faut pas dramatiser mais traiter la question d'une manière pragmatique et là, le changement de l'environnement des affaires peut nous aider.

A ce propos ! Vous étiez, deux années en arrière, un fervent dénonciateur de la loi sur les entreprises en difficulté que vous accusiez de refuge pour les mauvais payeurs et d'entrave au processus de recouvrement des créances accrochées. L'êtes-vous encore ? Est-ce qu'il y a une autre voie ?

Absolument ! Il suffirait pour cela de réaménager et de mettre de l'ordre dans cette loi que certains utilisent pour organiser leurs faillites et laisser une ardoise importante chez les fournisseurs et les banques.

Il est normal d'aider les entreprises en difficultés. Mais encore faut-il que ce soit celles qui sont réellement en difficulté. De là à faire de ce cadre généreux de la part de l'Etat, un refuge pour ne pas faire face à ses obligations, il y a un pas à ne pas franchir. On doit rapidement stopper cette hémorragie et ne pas donner un mauvais exemple et de mauvaises idées aux bons payeurs. Il y va de la survie de l'économie du pays que de réhabiliter la confiance entre les banques et les entreprises et de réhabiliter le respect de l'engagement. Les banques sont disposées à étudier la question de ces crédits, au cas par cas et trouver les solutions appropriées, en terme de rééchelonnement, d'abattements d'intérêts de retard, de soutien complémentaire ou de recherche de partenaire. Mais tout cela suppose la transparence et la volonté réelle de sauver les affaires.

Ne pensez-vous tout de même pas que les banques prennent plus de risque qu'il n'en faut avec certains groupes, qu'elles le font en dehors de toute concertation et sans la désignation d'une banque chef de file, comme le leur demande la BCT ?

On peut toujours améliorer l'organisation. La concertation existe, mais elle n'est pas techniquement formalisée et c'est ce qu'il faudrait faire. Je pense quand même que cette question des groupes est à traiter avec beaucoup de doigté et ne pas la limiter à l'endettement.

Pour faire faire du développement dans une économie libéralisée, vous êtes obligé de faire de l'accumulation de capital. Une accumulation qui doit se faire entre les mains de certains patrons de l'industrie, du tourisme et des services et qu'il faut bien choisir, sur la base de leurs compétences, leur transparence et leur sens de l'organisation et miser sur eux pour construire l'économie.

Quitte à les endetter ?

La dette n'est pas un mal en soit. C'est même un acte qui s'inscrit dans l'ambition de l'être humain. Ce qu'il faudrait approfondir, c'est l'usage que font ces groupes des financement qui leurs sont alloués.

La banque a-t-elle les moyens de vérifier cela ?

Nous avons des structures de suivi de plus en plus performantes et qu'on développe. Avec la concertation, il est possible d'orienter le financement vers l'objectif escompté. Créer un chef de file ne veut en tous cas pas dire, limiter le financement aux groupes, mais plutôt organiser le financement, assurer un meilleur suivi, qui soit collégial pour que les décisions soient homogènes.

AMEN BANK vient dernièrement de signer un contrat avec la société française STERIA pour l'acquisition d'un nouveau système d'information. Pourquoi et dans quel objectif ?

Les évolutions que connaissent actuellement les modes de communication en matière d'Internet, les changements opérés dans les logiciels informatiques ainsi que les modernisations intervenus dans le métier de banquier et les exigences de la clientèle d'une qualité d'information irréprochable et d'un service de plus en plus rapide, nous ont en effet amené à moderniser le système d'information de la banque.

Deux options s'offraient à nous. Soit de continuer à développer des logiciels maison, conçus et réalisés par nos équipes d'informaticiens, soit acquérir une solution de global banking. Nos études ont opté pour cette dernière solution, rapide à installer, qui nous place immédiatement dans les standards internationaux d'information et nous permette les évolutions, les adaptations et l'intégration, le cas échéant, de nouveaux produits.

Qu'est-ce que cette solution de global banking, apportera de nouveau pour votre clientèle ?

Si on avait à donner une définition à la banque, on dirait que c'est "des hommes et des femmes compétents, appuyés par un système d'information performant". Cela voudra dire, pour notre client, une collecte et une transmission de l'information en temps réel, une rapidité dans la prise de décision, une intégration de toutes les fonctions de la banque et une disponibilité d'une masse d'informations par client pour consacrer l'approche de la gestion de la banque, non pas sur la base du compte, mais sur la base du client qui sera au centre de notre système d'information.

Cette solution STERIA, c'est un investissement de combien pour la banque ?

Il est assez important, puisqu'il concerne l'achat de la licence, sa mise à jour, l'achat d'équipements informatiques et des logiciels d'accompagnement. Son coût se situe à quelques millions de dinars.

Source : Entretien publié au Magazine - Réalités – N°915 du 10 au 16/07/2003

 Entretien conduit par Tallel Bahoury

 M. Ahmed EL KARM

Vice-Président Directeur Général d’Amen Bank

La Tunisie a vocation à devenir un pôle régional de santé

M. Ahmed El Karm développe depuis quelques années l’idée de faire de la Tunisie un centre régional de santé avec d’importantes infrastructures hospitalo-universitaires à même d’attirer un flux considérable de patients étrangers (maghrébins, africains, européens et mêmes nord-américains). Il nous parle de conditions à remplir pour permettre à Tunis d’émerger comme centre de soins.

 Eu égard aux progrès réalisés dans plusieurs domaines, la Tunisie a-t-elle aujourd’hui vocation à devenir un centre régional médical?

 La Tunisie peut, valablement, devenir un centre médical régional ; cette volonté s’inscrit pleinement dans les muta­tions économiques de notre pays. Nous sommes maintenant dans l’obligation de miser sur ce que nous appelons les sec­teurs à forte intensité d’intelligence, c’est-à-dire des services qui ne se basent pas sur la forte intensité de travail mais plu­tôt sur le savoir intellectuel.

Parmi ces secteurs d’intelligence, il y a au premier chef le secteur de la santé. Et fort heureusement, la Tunisie a déjà acquis d’énormes avancées en termes de santé; elle en a fait un des axes fondamentaux de son développement, avec l’éducation et le contrôle des naissances et l’émancipation de la femme. De ce fait, nous avons maintenant un environne­ment qui est très propice au développement d’un secteur de santé de qualité: des médecins connus et chevronnés, une capacité confirmée à gérer des hôpitaux et des cliniques pri­vés, une grande capacité hôtelière qui peut servir pour la convalescence des malades. Toutefois, il faut reconnaître que subsiste encore un problème au niveau du corps paramédical, mais c’est une question facile à résoudre. En effet, en deux ou trois ans de formation, il est possible d’avoir des infir­miers(ères) et des techniciens d’un haut niveau. C’est dire que tous les ingrédients sont réunis pour faire de la santé un secteur porteur comme l’est le tourisme, et comme l’a été et l’est encore le secteur des industries manufacturières expor­tatrices.

 Comment faire pour que ce secteur soit inscrit comme secteur prioritaire?

 Pensez que le malade italien, quand il va voir son médecin pour une opération chirurgicale, ce dernier lui donne rendez-vous non pas à Rome mais à Nice ou à Marseille. Pourquoi? Parce que les coûts d’hospitalisation à Nice et à Marseille sont moins chers qu’à Rome. Que dire alors de Tunis. Cela signifie que nous avons un avantage comparatif très impor­tant en termes de maîtrise des coûts de la santé, alors que les pays européens se débattent dans des problèmes énormes, des coûts excessifs, d’infrastructures manquantes, du corps hospi­talier surmené, de déficit de sécurité sociale, etc.

Certains pays ont des retards énormes en termes de structure hospitalière, comme c’est le cas en Grande-Bretagne où le malade peut parfois attendre plusieurs années pour subir une intervention médicale. Pour trouver une solution, les Britanniques vont même jusqu’à envoyer leurs malades se soigner en Inde.

 Existe-t-il un marché pour ce tourisme?

 Pour toutes ces considérations, je pense que l’Europe peut constituer un marché potentiel pour nos structures de santé, sans oublier, bien entendu, la Libye, l’Algérie et les pays d’Afrique noire, qui, notamment pour des problèmes de visas, ne peuvent plus se déplacer facilement en Europe. Tunis pourrait ainsi constituer une sorte de palliatif de qualité pour ces patients. Donc, le marché est mûr, il faut prendre les actions nécessaires pour que Tunis émerge comme pôle régional de santé.

Autour de cette idée-force, il y a lieu de construire une stra­tégie: développer davantage l’infrastructure de soins, mettre en place des produits de tourisme de santé pour le patient, qui viendrait se faire soigner chez nous et aimerait profiter de la période de convalescence pour faire du tourisme. Je reste convaincu que, si nous misons, avec un plan national, sur ce secteur porteur qu’est la santé, nous aurons une forte chan­ce d’acquérir des avancées réelles et faire de la santé un des vecteurs de croissance de la Tunisie pour les années à venir.

 Concrètement, que faudrait-il faire?

 Concrètement, il faut, en premier lieu, mettre en place un cadre réglementaire qui soit souple, d’abord au niveau de l’acceptation médecins étrangers, ne serait-ce qu’au début. Cela est de nature à rassurer certains malades qui voudraient se retrouver en Tunisie avec leurs médecins; c’est normal, mais je pense que c’est une revendication qui ne va pas durer dans le temps, car ils vont se rendre compte très vite que la compétence des médecins tunisiens n’a rien à envier à celle de leurs collègues étrangers.

Deuxièmement, le gouvernement a fait des actions mer­veilleuses quand il a pris en main, à certaines époques de l’histoire de la Tunisie, l’aménagement des zones d’habita­tion, touristiques, industrielles... Est venu maintenant le temps pour aménager des zones de santé. On cite comme exemple la région de Jebel Oust ou celle de Zaghouan qui est une zone forestière non loin de Tunis et d’Hammamet. Cette région pourrait servir de base pour une vaste zone d’aména­gement de santé où l’on trouvera au cœur une grande et moderne faculté de médecine dont on aménagera autour d’el­le des terrains ou des locaux pour abriter des hôpitaux, des cliniques, des centres de soins et de rééducations, des laboratoires, des centres de recherches, des industries et des médicaments etc.

Pour la promotion de cette zone de santé seront engagés des capitaux tunisiens et étrangers, et l’on recevra des malades nationaux et étrangers. De plus, la concentration des services de  santé en une seule zone fera profiter le secteur des économies d’échelle et des effets d’entraînement.

Il est normal que les établissements privés acquéreurs de terrains aménagés suivent un cahier des charges pour s’assurer de la réalisation d’entités opérationnelles répondant aux normes internationales.

Troisièmement, il faut essayer de conclure des accords avec les Caisses et Organismes de Prévoyance européens pour qu’ils acceptent de prendre en charge le coût des soins de leurs malades en Tunisie. A premier lieu, cela ne devrait pas poser de problèmes, du fait que  les soins en Tunisie reviennent largement moins cher, permettant ainsi d’atténuer le déficit de la sécurité sociale dans la plupart des pays européens.

 D’où la nécessité de la mise en place d’une structure spécialisée dans le domaine de l’investissement ?

 Il faut enfin penser à la création d’une Agence des investissements tunisiens et étrangers. Elle veillera au règlement de tous les problèmes que pourraient rencontrer les opérateurs dans la réalisation de leurs projets. Si nous agissons dans ces quatre directions, le marché pourrait percevoir dans cette démarche une volonté  politique confirmée pour faire de Tunis un centre régional de santé.

D’ailleurs, la Tunisie ne serait pas le premier pays à axer son développement sur le secteur de santé ; il y a Cuba et le Brésil, pour ne citer que les plus connus en la matière, qui tout en étant des pays en développement ont réussi à faire de la santé un secteur d’exportation.

La Tunisie pourrait s’inspirer des expériences des pays qui nous ont précédés. Il suffit simplement de déclarer la promotion des investissements privés dans la santé comme un choix stratégique permanent, comme cela a été fait pour le tourisme, les industries exportatrices etc.

Les retombées seront très rapides notamment au niveau de l’offre de l emploi pour une main-d’œuvre de plus en plus qualifiée.

 Qu’en est-il au niveau d’Amen Bank ?

 Amen Bank a réalisé depuis longtemps que le secteur de la santé est un secteur d’avenir, et ce en partant d’une réflexion toute simple : nous avons étudié la composition du panier de la ménagère et avons remarqué que la part réservéé à l’alimentation et l’habillement est en train de diminuer à l’avantage notamment de celle réservée à la santé. L’augmentation du niveau de vie et du niveau d’instruction a fait que le tunisien, comme partout dans le monde, s’occupe mieux de sa santé. Donc, pour un banquier, c’est un créneau où il de vient devient possible de faire des investissements à la fois utiles et rentables.

 Fort de ce constat, Amen Bank a conçu une stratégie qui privilégie le démarchage des acteurs de la santé dans toutes les dis­ciplines. Cela va de la fabrication des médicaments, de la distribution de médica­ments, des officines de pharmacies, des cliniques privées, des hôpitaux publics, des centres des soins et de mise en forme, de médecins et de techniciens supérieurs etc.

Pour tous ces acteurs, Amen Bank propose des solutions de fourniture de services bancaires, de mobilisation de l’épargne et de financement des activités, efficaces, performants et d’une mise en place rapide. Toutes ces actions s’insèrent dans une vision d’avenir de la santé, faisant d’elle un vecteur essentiel de développement de l’économie nationale et de renforcement de ses capacités exportatrices.

Source : Entretien publié au Magazine L’Expert – 97-98 – Avril 2003

 Entretien conduit par M. Abdellatif Ben Hédia

M. Ahmed EL KARM

Vice-Président Directeur Général d’Amen Bank

LES REGLES PRUDENTIELLES N'AFFECTENT EN RIEN LE RAPPORT BANQUES/ENTREPRISES

  

L’Expert: Le dénominateur commun à tous les états financiers des banques en 2002 est à la fois la baisse des béné­fices et une augmentation quasi linéai­re des provisions. Comment expliquer cette situation ?

 Ahmed El Karm: Il me semble que c’est un comportement normal qu’au vu d’une conjoncture économique relativement difficile, les banques fassent preuve de prudence en provisionnant le maximum de créances pour maintenir une situation financière solide et pouvoir ainsi préve­nir toutes les difficultés financière qui pouffaient résulter de la crise. L’attitude est assez sage de la part des banquiers que de réserver une partie importante de leurs bénéfices sous forme de provisions, mais comme leur nom l’indique ce ne sont en fin de compte que des provisions dont le montant reste dans les comptes des banques. Une fois la situation réta­blie, les impayés actuels trouveront cer­tainement leur règlement et les banques pourront ainsi récupérer les montants qu’elles avaient provisionnés.

C’est donc là une réaction conjoncturelle qui ne touche en rien l’effort consenti en vue de la consolidation de l’assise finan­cière des banques et qui a permis vérita­blement d’assainir l’état financier de l’ensemble des banques de la place.

 L’Expert: Il est à remarquer que les créances sont aujourd’hui traitées avec beaucoup plus de rigueur qu’elles ne l’étaient il y a quelques années où les banquiers classaient facilement des douteuses dans les catégories des créances sûres. Est-ce une prise de conscience réelle destinée à corriger les bilans des banques ou un simple effet de circonstance ?

 A.E.K : Il est clair que la conjoncture éco­nomique actuelle a beaucoup joué en faveur de l’augmentation des risques de non payement dont certains étaient latents et n’apparaissaient pas en raison d’une croissance économique soutenue. Aujourd'hui avec une croissance voisine de 1,7%, le marasme économique qui sévit à l’échelle internationale et particu­lièrement la crise du secteur touristique, certaines entreprises sont fragilisées et accusent par conséquent des retards sur le règlement de leurs créances. C’est face à cette situation que les banques ont pré­féré jouer la carte de la prudence, celle du provisionnement des créances dou­teuses.

Tout cela n’affecte en aucun cas les fon­damentaux de l’économie tunisienne qui sont bien en place. Et d’ailleurs beau­coup d’entreprises continuent de déployer des efforts considérables afin d’améliorer leur organisation, leur ges­tion et de constituer leurs assises financiè­res.

 L’Expert: Vous disiez ici même, dans notre revue, en 2002, «là où je ressens une plus grande inquiétude, c’est au niveau du recouvrement des créances », vos inquiétudes ont-elles été justi­fiées?

 A.E.K : Tout à fait. Elles se sont avérées bien fondées, d’autant qu’en plus d’un circuit de recouvrement qui manque de fluidité est venue s’ajouter une conjonc­ture difficile qui ne peut qu’être préjudi­ciable aux activités et aux bilans des banques.

 L’Expert : Certains pensent que la crise qui a secoué le groupe Batam n'est que la partie visible de l’iceberg et que les difficultés financières sont diffusées. Est-ce votre avis?

 A.E.K : Je pense qu’il ne faut pas non plus donner au cas Batam, qui est du reste édi­fiant, une port&eac