Source :
L'expression – N° 22 - du 14 au 20 mars 2008.
M. Ahmed
EL KARM
Vice-Président Directeur Général d’Amen Bank
Il
est temps de jouer la transparence
"L'Expression"
: Apparemment rien ne va plus entre
hôteliers et les banques, les premiers accusant les seconds
d'avoir appliqué des taux d'intérêts faramineux au mépris de la
réglementation de la BCT, surtout celle interdisant la
capitalisation des intérêts non payés afin de générer d'autres
intérêts. Les hôteliers ne sont-ils pas dans leur droit
?
Ahmed El
Karm : C'est un faux problème. D'autant plus faux que les
banques ont constamment fait des abattements qui correspondent
globalement aux soit disant intérêts faramineux dont vous
parlez.
Amen Bank,
dont 10% des engagements intéressent le secteur touristique,
ainsi que les autres banques de la place, et je suis bien placé
pour le savoir, sont constamment disposées à négocier et
à trouver les arrangements nécessaires dès que l'hôtelier,
manifeste une sincère volonté de payer ses dettes ou de les
réduire. Et, croyez-moi, la première chose dont on discute,
c'est précisément la révision des frais financiers.
Les
banques ont crée des sociétés de recouvrement,
ce qui a été interprété par les hôteliers comme un durcissement
de la position des banquiers qui, apparemment, ne daignent plus
négocier directement avec eux ?
La création
des sociétés de recouvrement a deux objectifs. En premier lieu
nettoyer les bilans des banques afin d'avoir des ratios
conformes à la législation en vigueur. En second lieu
créer un cadre idoine pour mener à bien les négociations
avec les hôteliers.
Si cela peut
rassurer les promoteurs touristiques et hôteliers, je peux vous
affirmer que les banques ne désirent nullement les attaquer en
justice pour peu qu'ils se manifestent et émettent le désir
d'assainir leur situation.
Que
préconisez-vous pour sortir de cette impasse
?
Je crois que
le temps est venu de jouer la transparence. A ce niveau, je me
permets de m'interroger pour savoir si certains des hôteliers
sont en train de transférer leurs revenus, s'ils déclarent
toutes leurs recettes et s'ils sont réellement prêts à
régler leurs dettes une fois pour toutes et à réinjecter
les ressources nécessaires pour consolider leurs affaires.
Pour ma part,
j'estime que le secteur a assez dérapé et qu'il est grand temps
de revenir à plus de sérieux. Notre tourisme était en
crise. Mais depuis trois ans au moins, il se porte mieux pour
les affaires convenablement gérées.
J'estime que
si l'hôtelier présente un plan sérieux de règlement de sa dette,
les banques sont toujours prêtes à concéder les
abattements nécessaires. Amen Bank a toujours un regard
bienveillant pour le secteur touristique. Pour preuve : elle a
fait plusieurs arrangements qui se dénouent convenablement avec
ses partenaires hôteliers.
Par ailleurs,
Amen Bank a été retenue parmi les premières banques pour
contribuer à la réussite et au financement du programme
de la mise à niveau du secteur touristique. L'Agence
française de développement (AFD) a habilité Amen Bank pour gérer
les ressources mises à la disposition du programme de
mise à niveau afin de les réutiliser sous forme de
crédits à allouer aux hôteliers concernés. Les crédits
sont octroyés à des conditions favorables notamment pour
ce qui est de la durée et des taux d'intérêts.
Propos
recueillis par
Mohamed
Bergaoui
Source :
Le Quotidien – Dimanche le 24 Février 2008
M. Ahmed
EL KARM
Vice-Président Directeur Général d’Amen Bank
Intitulé : La BVMT et les turbulences internationales
Depuis quelques mois, le monde de la finance est perplexe. De la
crise financière aux États-unis qui contamine les marchés
internationaux, à la flambée des cours des matières premières et
des produits de base et du pétrole, en passant par la
récession économique et au ralentissement de l'activité dans la
zone euro, les opérateurs s'interrogent. En Tunisie et ailleurs
dans la zone Méda-Sud. Dans quelle mesure ces turbulences
financières ne contamineraient-elles pas, à terme, la sphère
réelle en général et dans les pays Méda-Sud
en particulier, et notamment, en Tunisie.
Le «
QUOTIDIEN
»
initie en
collaboration avec
«PERSPECO»,
Laboratoire Euro-Med d'Analyses Économiques, une série
d'entretiens avec des personnalités du monde de l'économie et de
la finance, pour faire le point de la situation, et évaluer les
perspectives futures, en Tunisie, et plus généralement dans la
Zone Méda-Sud.
Tahar E Almi
Dans ce premier
volet, nous avons invité M. Ahmed El Karm, Directeur Général
d'Amen Bank, pour nous présenter son point de vue sur la
problématique.
Le marché tunisien
est devenu très fébrile, après les désajustements financiers
survenus au lendemain de la crise financière aux États-unis,
relative aux crédits à risques et qui n'est pas prête de se
terminer. Y a-t-il un risque de contamination pour le marché
boursier tunisien?
« Je ne pense pas réellement qu'il y a un risque à ce niveau. Le
marché tunisien n'est pas totalement intégré au marché
international. Des garde-fous protecteurs fonctionnent encore
efficacement. Je vise en particulier le contrôle des changes qui
ne permet pas aux non-résidents d'acquérir des actions librement
en Bourse au-delà d'un certain seuil.
Ces limitations seront toujours en vigueur, parce que l'économie
tunisienne ne peut pas supporter des remous de grandes
amplitudes et des chocs monétaires et financiers externes.
Et si depuis quelques semaines, on avait observé des
réajustements au niveau du marché boursier de Tunis, ce sont des
corrections purement conjoncturelles. Elles ne sont nullement
attribuables à la crise financière internationale récente».
Si ces garde-fous, en
matière de change, sont utiles pour protéger le marché, est-ce
qu'ils ne risquent pas de contraindre le développement des
marchés financier et boursier tunisiens?
« Du tout. Nous constatons que la part des étrangers
non-résidents, acquéreurs d'actions en Tunisie, est entrain
d'augmenter d'année en année. Ils ne semblent pas être bloqués
par les limitations actuelles. C'est que les sociétés cotées sur
la place de Tunis offrent des attraits évidents aux
investisseurs, demandeurs de rendements importants avec un
minimum de risques.
Je pense que le développement du marché financier tunisien, la
consolidation de sa croissance et son rayonnement jouent un rôle
d'outil majeur pour la collecte de l'épargne longue et le
financement des investissements productifs, créateurs d'emplois
et de revenus stables.
Le marché financier actuel est porté par des entreprises
privées. De fait, les entreprises publiques ne semblent pas
privilégier le recours au marché boursier et les privatisations
tels que celles des cimenteries ou des entreprises de télécoms
se sont réalisées, sans passer par le marché financier. Il
serait autrement plus intéressant
que parallèlement à la cession de la majorité du capital de ces
entreprises à des investisseurs non résidents, une partie
minoritaire soft proposée aux épargnants pour accroître la base
du marché financier et augmenter par la même occasion, sa
profondeur.
De même, la demande peut se développer très rapidement, si les
principaux organismes de prévoyance et de sécurité sociale à
excédents permanents de ressources orientent une partie, même
minime, de leurs liquidités vers des placements dans des valeurs
mobilières.
Se créera ainsi progressivement la profondeur qui manque
tellement au marché boursier tunisien et sans laquelle, il sera
difficile de voir se consacrer la finance directe comme outil
majeur de mobilisation de l'épargne longue et comme source
privilégiée de financement des entreprises.
En parallèle à ces
aspects structurels, ne pensez-vous pas que la politique de
change relativement contraignante contribue négativement au
développement du marché boursier?
Non, je ne le pense pas. Au contraire, les assouplissements mis
en place récemment en la matière, permettent une ouverture
raisonnée du marché boursier et financier de la place de Tunis
sur le marché international.
Il ne faudrait pas non plus, perdre de vue, les différents chocs
qu'ont eu à subir les places asiatiques, suite aux
désajustements des marchés financiers internationaux, au cours
des trois dernières décennies.
Et tout récemment encore, la crise du marché financier américain
des « subprimes », les fameux crédits à risques américains, a
provoqué des effets de contamination sur les marchés européens
et asiatiques.
En ce qui concerne, la Tunisie, je pense que nous avons toujours
besoin d'une relative protection, de la place de Tunis. Une
ouverture excessive du marché financier, risque d'amplifier les
mouvements spéculatifs et de générer des bulles boursières et
financières qui finiront par éclater. Et l'on a vu les
conséquences de cette situation sur la sphère réelle et sur la
croissance économique.
Ce dont la place de Tunis a besoin, c'est une dose de
sélectivité pour attirer des capitaux non résidents réellement
intéressés par les marchés financier et boursier tunisien pour
éviter de les fragiliser en les soumettant aux chocs monétaires
et financiers internationaux.
Néanmoins, il ne faut pas oublier que toute protection
administrative ne peut jouer qu'un rôle secondaire dans la
crédibilité du marché boursier. Cette crédibilité demeure
largement tributaire de l'efficacité de la gestion de l'économie
nationale et de la solidité des fondamentaux. Elfe demeure
également fortement liée à la profondeur du marché, à fa
modernisation de ses mécanismes de fonctionnement et surtout à
l'autonomie et l'indépendance des organes de régulation.
La Bourse de Tunisie est sur la bonne voie. Avec plus d'ambition
et d'audace, elle peut jouer un rôle important dans une
stratégie opérante ambitionnant de faire de Tunis un centre
financier régional.
Propos recueillis par : Mouna HAOUET et Slim KÉFI

Source :
Entretien publié au Magazine – L’Expert – N°139- 140 – Juillet
2006
M. Ahmed EL KARM
Vice-Président Directeur Général d’Amen Bank
« Le secteur bancaire doit s’adapter
aux mutations technologiques »
Consolidation du fond de commerce, une refonte totale du système
d’information, une plus grande modernisation des applications
informatiques, raccourcissement des délais de traitement des
dossiers, diversification des services fournis à la clientèle...
Telles sont les actions force entreprises par l’Amen Bank au
cours de l’exercice 2005. M. A.hmed Karam, vice-président et
directeur général fait le bilan des activités de la banque.
Quelle lecture faites-vous du bilan d’activités 2005?
L’année 2005 a été pour Amen Bank une période d’évolution
des activités au vu du rythme de la croissance économique.
L’essentiel de l’effort a été entrepris pour consolider le fond
de commerce de la banque au moyen d’une refonte totale du
système d’information, effort dans un sens assurant la plus
grande modernisation des applications informatiques permettant
le raccourcissement des délais de traitement des dossiers et
une diversification des services fournis à la clientèle. Comme
chaque année, un effort important a été consacré à
la compression des charges par une réduction des frais
financiers attachés au dépôt et une maîtrise de l’évolution des
charges de fonctionnement. De même, l’effort habituel entrepris
par la banque visant à consolider ses assises s’est poursuivi en
2005 par le renforcement des provisions qui couvrent désormais
55% des créances classées avec l’objectif d’améliorer
sensiblement ce ratio avec un effort soutenu. En chiffres sur le
plan résultats nous avons réalisé 19 millions de dinars et ce
malgré l’effort d’approvisionnement. Soit une évolution
supérieure de plus de 5.2%.
Comment est-ce que Amen Bank s’est
préparée pour Bâle II?
C’est dans ce cadre que nous essayons de continuer, comme je
l’avais expliqué, à renforcer le provisionnement des
créances d’approvisionnement par les créances et que nous avons
lancé un appel d’offres international pour préparer
l’implémentation des règles de Bâle II au sein de l’Amen Bank
pour ce qui est des crédits aux entreprises et aux
particuliers.
Mais certains experts occidentaux se sont élevés contre Bâle II en
estimant que Bâle Il ne pourrait pas être appliqué Aux petites
banques. Pourquoi voulez-vous adopter Bâle II alors?
Je pense que maintenant il ne s’agit pas de Bâle II puisque,
comme vous le savez, l’application effective sera, le cas
échéant, arrêtée par un texte émanant des autorités monétaires.
Les simulations que nous allons faire au niveau d’Amen Bank sont
adéquates et internes avec comme objectif de représenter tous
les intervenants. Une manière d’avoir des risques conformes aux
standards internationaux, mais l’application effective tiendra
compte inévitablement de ce que décideront les autorités
monétaires. L’idéal est de faire transiter le système de
contrôle du système actuel et baser principalement sur les
incidents de paiements, un système qui serait d’inspiration BALE
II.
Monsieur le Gouverneur de la Banque Centrale a déclaré qu’on serait obligé
un jour d’appliquer Râle II...
C’est une aspiration. Mais, il faut prendre en considération
les spécificités de l’économie tunisienne et la situation des
banques installées en Tunisie.
Le vocabulaire à la mode aujourd’hui est
l’industrialisation bancaire. Récemment, on a présenté des
chiffres pour montrer que les banques en France sont de grands
créateurs privés d’emploi, et ce n’est pas le cas en Tunisie
Il faut dire que le métier de la banque est sous l’effet de deux
phénomènes majeurs :
1- la percée technologique qui permet au client d’effectuer des
opérations bancaires à partir de son domicile. Si nous faisons
des statistiques chez les banques internationales dans les dix
dernières années, rares sont les personnes qui se déplacent chez
les agences bancaires. L’agence devient un point de vente et de
fourniture de services. Ce qui suppose un changement dans la
formation des employés. C’est pour cela que nos banques sont en
phase de mutation pour s’intégrer complètement. Par la suite, le
plan de recrutement va reprendre normalement. La banque est un
secteur d’évolution et d’avenir.
2- Mondialisation oblige, les banques tunisiennes doivent
rayonner sur d’autres marchés pour compléter et consolider leurs
acquis en Tunisie. Il faut que les banques tunisiennes
commencent à réfléchir sérieusement à s’installer dans les pays
voisins. Les économies des pays de Maghreb évoluent à des
niveaux divers. Le système bancaire n’est pas au même niveau
d’évolution, donc il convient de faire profiter les pays de
notre savoir faire et accompagner l’entreprise tunisienne qui
s’internationalise.
Il y a un avis selon lequel les nouvelles conditions du marché nécessitent
un rapprochement entre les banques. Etes-vous d’accord avec ce
point de vue ?
Imaginons le scénario où l’on fusionne toutes les banques
tunisiennes ensemble. On aura une banque de taille inférieure à
une banque régionale ailleurs.
La fusion n’apporte pas des solutions radicales. Ce qui importe
au-delà de la fusion, c’est que les banques cherchent des
vocations. Une fusion permet une économie d’échelle et quelques
synergies. Cela reste assez faible, compte tenu du commerce
international, à l’horizon de 2008
Il faut que nos banques se positionnent dans des créneaux et se
confirment. Il y a des banques à l’échelle internationale qui ne
font pas de détail demandé. La banque universelle n’est pas
nécessairement une banque qui fait tout.
Revenons
à la modernisation. Les modes de paiement ont changé.
Que pensez-vous des cartes électroniques ?
Pour la monétique, c’est un investissement. Nous disposons
aujourd’hui de presque 90 DAB répartis sur l’ensemble du
territoire national. Presque toutes nos agences sont dotées de
DAB et nous disposons de DAB hors site. Nous venons d’acquérir
un nouveau logiciel qui va contribuer à l’amélioration des
services rendus à la clientèle et réduire le coût.
Le développement de la monétique ne se fait pas seulement par le
biais de l’investissement.
Le développement monétique en Tunisie est le résultat des
efforts conjugués des autorités monétaires, agent économique,
l’environnement juridique et fiscal.
Notre bilan monétique commence à devenir, fort heureusement,
bénéficiaire. Le mouvement des opérations monétiques à l‘AMEN
Banque augmente chaque année à un rythme croissant avoisinant
les 20% grâce à notre politique commerciale agressive.
Comment s’effectuera selon vous le passage à l’économie immatérielle ?
La culture bancaire, malheureusement, est une culture basée
sur la garantie réelle (Immobiliers, équipements). Nous
ne disposons pas d’assez d’expériences en matière de
financement de l’immatériel... C’est une carence il faudrait y
remédier très vite.
Les secteurs qui vont tirer l’économie tunisienne à l’avant
comporte une composante immatérielle importante.
Pour le cas de l’Amen Banque, nous avons commencé par le
recrutement des ingénieurs qui pourront éclairer le financier en
matière de financement de l’immatériel. Ces ingénieurs sont
très proches du monde des affaires. Il faut peu, au niveau de
1’APBTEF, pour renforcer le personnel de la banque afin de
pouvoir faire évoluer la composante immatérielle.

Entretien
conduit par Mr Moncef Mahroug au profit du site Webmanagercenter
M. Ahmed EL KARM
Vice-Président Directeur Général d’Amen
Bank
«Rien
n'exclut le recours d'Amen Bank à une notation»
Le passage à Bâle II nécessite de la préparation, donc du temps,
souligne le Vice-Président Directeur Général d'Amen Bank. Qui
rappelle ce que fait sa banque dans la perspective de cette
échéance.
Lors d'un séminaire sur les «réglementations bancaires
comparées et le passage à Bâle II», M. Taoufik Baccar,
Gouverneur de la Banque Centrale a déclaré que «l'action des
autorités tend à se focaliser sur un renforcement des normes
existantes en matière de gestion des risques pour préparer
l'adoption, sans heurt, de toutes les nouvelles exigences de
Bâle II». Ce qui veut dire que les banques tunisiennes ne sont
pas encore prêtes pour passer à Bâle II. Partagez-vous cette
analyse ?
Ce qu'a dit le Gouverneur de la Banque Centrale est tout à fait
vrai. Des réformes profondes ont été menées pour assainir la
situation du système bancaire tunisien. Ces réformes sont en
train de donner leurs fruits. Mais, inévitablement, l'œuvre
demande du temps. Et les conditions d'une entrée en vigueur des
règles de Bâle II sont en train de se mettre en place
progressivement. Je pense qu'au moment opportun, toutes les
banques seraient prêtes pour assumer ces nouvelles règles
prudentielles conçues, d'ailleurs, principalement pour les
banques à activité internationale.
Mais l'assainissement ne prend-il pas plus de temps que prévu ?
Non. Au contraire, en Tunisie, les autorités monétaires ont
préféré agir rapidement. Regardons le cas d'autres pays, comme
le Chili, le Japon, etc. Au Chili, par exemple, les autorités
ont donné aux banques un siècle pour assainir leurs situations.
Dans ce domaine, des délais de trente ou quarante ans sont tout
à fait courants. A défaut, ce sont les pouvoirs publics qui
apportent un important soutien financier pour régulariser la
situation des banques en difficulté.
Donc, on peut dire qu'en Tunisie les autorités monétaires ont
voulu agir vite pour pouvoir présenter un système bancaire
respectant, réellement, les normes internationales dans les
délais les plus courts.
Que
reste-t-il encore à faire pour que le système bancaire soit en
mesure de se conformer aux règles de Bâle II ?
La situation des banques s'améliore d'année en année. Bien sûr,
la situation diffère d'une institution à l'autre et on ne peut
pas, effectivement, traiter toutes les banques de la même
manière. Mais le fait que les autorités tunisiennes aient
privatisé certaines banques de la place signifie qu'elles
cherchent à les installer dans un processus de restructuration
serein et dynamique. Le fait également que les banques montrent
une volonté réelle pour accélérer le provisionnement des
créances classées en y réservant une bonne part du produit net
bancaire montre un souci évident pour donner la priorité à une
couverture suffisante des créances classées.
Certaines banques de la place vont même jusqu'à renoncer à
annoncer des bénéfices préférant affecter tous leurs résultats
aux provisions. Ces mesures montrent clairement qu'il y a une
plus grande prise de conscience pour donner la priorité à la
consolidation des assises financières des banques.
Peut-on avancer une échéance pour le passage à Bâle II ?
On peut difficilement le faire, le dossier se gère d'une manière
pragmatique. L'essentiel est de constater que l'évolution est
désormais positive. La préparation en vue du passage aux normes
de Bâle II s'opère d'une manière cohérente. Il y a notamment la
réforme du système d'information des banques pour qu'il puisse
supporter les exigences de Bâle II avec ce que cela nécessite,
comme l'existence d'un système de notation.
La préparation se manifeste également à travers le souci de
mettre en place un système efficace d'audit et de contrôle des
engagements et des procédures bancaires. Bâle II implique une
nouvelle culture qui rompt avec les anciennes pratiques. De ce
fait, il ne faut pas brusquer les comportements pour ne pas
avoir d'effets pervers. Il vaut mieux planifier les mutations de
manière sereine pour être sûr d'atteindre les objectifs visés.
Où
en est Amen Bank en matière de mise à niveau ?
Amen Bank a fait un important effort pour moderniser son système
d'information. Nous disposons aujourd'hui d'un système
d'information qui n'a rien à envier à ceux des banques
internationales. Pour certains métiers, Amen Bank est à la
pointe du progrès. Par exemple, chez Amen Bank, la chaîne
‘’financement’’ fonctionne d'une manière totalement
électronique, sans support papier. Tous les niveaux de
responsabilité contribuent à la décision de financement sans
avoir à attendre le transfert des documents et confirme leurs
décisions par recours à la signature électronique.
De même, au niveau de l'Internet, Amen Bank propose des
solutions de banque directe largement étendues et totalement
sécurisées.
Et
en matière d'assainissement du portefeuille ?
Nous continuons à le faire. D'abord, nous veillons à ce que les
nouveaux risques se prennent d'après des règles orthodoxes.
Ensuite, nous activons le recouvrement des créances par
l'utilisation des mécanismes novateurs. Enfin, nous fournissons
un effort important de provisionnement pour assurer une
couverture suffisante des risques et ce, indépendamment des
garanties constituées.
Est-ce en raison de leur inaptitude actuelle à se mettre aux
normes de Bâle que les banques tunisiennes évitent de se faire
noter par des agences de rating ?
Non, les banques se font noter.
Pas
toutes.
Effectivement. Mais l'absence de notation n'a pas empêché Amen
Bank, par exemple, d'obtenir l'accord pour sortir sur le marché
financier international pour lever l'équivalent de 50 millions
d'euros, à des conditions très intéressantes et surtout, sans
recours à la garantie de l'Etat. L'opération n'a pas encore été
réalisée à cause d'un problème de couverture du risque de
change.
En effet, l'objectif est d'arriver à ce que les ressources
mobilisées en devises nourrissent des crédits en dinars à des
taux au moins équivalents à ceux pratiqués sur le marché
domestique. Cela exige que la commission censée couvrir le
risque de change ne vienne pas grever, outre mesure, le coût
final du crédit pour l'entreprise utilisatrice.
Ceci étant, le fait de pouvoir sortir sur le marché financier
international, parrainé par des banques européennes de premier
ordre, suppose que bien que non notée, Amen Bank est évaluée
positivement par les bailleurs des fonds.
D'ailleurs, rien n'exclut le recours d'Amen Bank à une notation
volontaire et ce, dans les délais les plus rapprochés.

Intervention
de Monsieur Ahmed El Karm, Vice-Président Directeur Général d'Amen Bank lors des journées
de l'Entreprise tenues les 13 et 14 décembre 2002 autour du thème l'Entreprise et le Financement
Mr le Ministre,
Mr le Président,
Mesdames,
Messieurs,
Chers collègues et amis,
Le groupe dont j'ai eu l'honneur de suivre les travaux est parti d'une question fondamentale : Est-ce que l'environnement
macro-économique de la Tunisie permet un financement approprié, sain et efficace des entreprises
?.
Nous avons considéré que pour que cet environnement soit propice à un financement sain, il
faudrait qu'à travers les politiques monétaires et financières qui le façonnent, le
transforment, se réalisent trois objectifs.
Le
premier, c'est la stabilité monétaire. Vous comprenez que sans maîtrise de l'inflation, il
n'y a point d'investissement. Il n'y a point de croissance. Et nous avons considéré sur une longue
période, en Tunisie, que cet impératif est atteint. L'inflation est réellement maîtrisée
comparativement à des pays concurrents à la Tunisie. Et nous avons considéré que dans
la maîtrise de l'inflation, l'action monétaire a joué un rôle très important.
Une place de choix a été accordée au taux d'intérêt qui est devenu suite aux
réformes financières datant de la fin des années 80 un élément essentiel de
régulation de la liquidité des banques et donc de celle de l'économie.
On s'est aussi posé la question de savoir s'il n'est pas venu le moment de revoir cette politique de taux
d'intérêt dans un sens plus dynamique permettant l'émergence des courbes d'intérêt
de court, moyen et long termes avec une variabilité plus fréquente des taux d'intérêt
compatible aux contraintes des conjonctures économiques et financières.
Certes, tous les hommes d'affaires se posent maintenant des questions quant au niveau optimal du taux d'intérêt.
Je pense que les entreprises sont animées d'un désir réel de comprimer les frais financiers
grâce à une baisse des taux d'intérêt. Mais avons-nous réellement en Tunisie
une marge de manœuvre pour réduire le taux d'intérêt, quand on sait les répercussions
qu'aura cette baisse sur l'évolution de l'épargne et sur la mobilisation de ressources extérieures.
C'est un très grand thème à débattre.
Par ailleurs, nous avons considéré que le deuxième objectif de la politique monétaire
et financière consiste à veiller sur la solidité des banques. Certes, dans le paysage financier,
il n'y a pas que les banques, mais, il faut constater que l'essentiel des financements de l'économie tunisienne
est assuré par ces dernières. Donc, avoir des banques solides signifie des possibilités de
financement plus importantes et plus sûres.
Des efforts énormes ont été faits, en Tunisie, pour consolider la solidité des banques
et pour appliquer les normes et les réglementations en vigueur à l'échelle internationale.
En particulier l'évaluation des créances bancaires par des systèmes d'audits suivis par la
Banque Centrale. Ce système est actuellement moderne et apparaît conforme aux normes internationales.
Il fait apparaître que les banques ont dans leurs bilans un montant assez élevé de créances
accrochées nécessitant un traitement urgent. De ce traitement dépendra la capacité
des banques à régénérer leurs ressources pour poursuivre leur effort de financement
de l'économie. De ce traitement dépendra, également, la capacité des banques à
dégager des produits nécessaires pour constituer des provisions suffisantes pour couvrir les risques.
A cet effet, je pense que le moment est venu, et la communauté des affaires le pense également, pour
se pencher sérieusement sur cette question. Il ne faut plus qu'elle soit un tabou.
C'est une question qu'on doit poser sur la table pour arriver aux meilleures solutions permettant son règlement
efficace sans mettre en péril le financement harmonieux de l'économie nationale.
Il y a plusieurs approches qui sont possibles. Une des solutions serait de faire confiance aux banques pour assurer
par leurs propres moyens l'effort nécessaire de provisionnement. Mais, compter sur les seules capacités
des banques pour les faire nécessiterait des délais très importants. Nous pouvons également
décider de recapitaliser les banques ; mais cela pourrait induire un changement radical dans la structure
du système bancaire tunisien pouvant aboutir notamment à des privatisations qui pourraient ne pas
être ardemment souhaitées.
Nous pouvons également penser qu'à l'instar de ce qui a été fait pour les créances
publiques, l'Etat prenne en charge les créances privées. Cela pourrait poser peut être un problème
moral. Mais l'Etat devrait à mon avis agir vite car si cette insuffisance de provisions continue à
subsister, elle pourrait affecter la notation de l'économie tunisienne et par voie de conséquence
sa capacité à attirer des capitaux extérieurs à des conditions avantageuses.
Le troisième objectif consiste à veiller à assurer la sécurité du marché
financier. C'est un impératif très important si l'on veut augmenter la part des financements désintermédiés
dans le souci, entre autres, de réduire le coût de l'intermédiation. Et là, je pense
qu'un marché sûr et efficace doit avoir trois fonctions fondamentales. Certes en Tunisie, nous avons
fait beaucoup de réformes pour améliorer l'architecture réglementaire des marchés financier
et boursier, mais force est de constater qu'on est encore loin de constater la réalisation des trois fonctions
précitées.
Premièrement, le marché financier doit être un bon producteur de l'information. Monsieur Abdelkéfi
a longuement parlé de la question de la transparence. Or, la transparence manque dans le marché financier
tunisien et les derniers remous que nous avons constatés le prouvent. Ils prouvent clairement que nous devons
nous engager, tous, autorité publique, entreprises, banques et intermédiaires en bourse, pour que
la transparence des données financières soit une obligation incontournable. Nous devons œuvrer en
permanence pour l'assurer quelles que soit les contraintes et les exigences.
Deuxièmement, le marché financier doit être un réducteur de risque et là, il
faut reconnaître que la réglementation favorise cet impératif, mais les acteurs de marché
financier doivent faire preuve d'innovation pour qu'effectivement, les épargnants, les investisseurs et
les intermédiaires encourent le minimum de risque possible en recourant au marché financier.
Enfin, il faut que le marché financier assure convenablement son rôle de pourvoyeur de liquidité.
Nous ne pouvons pas dire aux conditions actuelles, que la bourse de Tunis, assure un niveau de liquidité
optimum garantissant l'efficacité du marché. Les solutions sont possibles tant du côté
de l'offre que de la demande et elles peuvent être mises en place rapidement si les pouvoirs publics acceptent
de faire passer par la bourse les opérations de privatisation et à inciter les grands institutionnels
à placer en bourse une partie de leurs excédents de liquidité.
Je ne vais pas vous dévoiler tout dans mon intervention. Je vais laisser le soin à des éminents
professeurs, Si Alaya, Si Zouari, Mr Metais ,…..pour vous présenter des réflexions profondes et des
solutions pratiques en approfondissement des questions que je viens de citer.
Merci de votre attention.
Source : Entretien publié au
Magazine - L’Hebdo Touristique – N°750 du 30 juillet au 2 Septembre 2003
Entretien
conduit par Khaled Boumiza au profit du site Webmanagercenter
M. Ahmed EL KARM
Vice-Président Directeur Général d’Amen
Bank
« La dette n’est pas un mal en soi »
Ahmed El Karm est un ex-cadre de la banque centrale. Il
y a fait ses premières armes et les preuves de sa compétence, il a été ensuite recruté
par Amen Bank, à l'époque où elle s'appelait encore le CFCT. Economiste confirmé, il
est maintenant le Vice-Président Directeur Général de la plus importante banque familiale
et privée de la place.
Homme de communication, Ahmed El Karm n'a pas peur des
mots pour exprimer ses idées sur ce qui se qui se passe sur la scène financière nationale
et dans le secteur bancaire plus précisément.
Avec lui, nous avons évoqué l'épineuse
question des crédits accrochés, du rôle et de la responsabilité des banques. Mais aussi
des meilleures moyens et des obstacles qui pourraient entraver le règlement de cette question des crédits
accrochés.
Comme toutes les banques de la place, Amen
Bank a vu chuter son résultat net pour l'exercice 2002. Une baisse volontariste, puisqu'elle vise
essentiellement la couverture des risques et le renforcement des fonds propres.
L'année 2003 aussi, débute avec des chiffres qui confirment
la hausse des crédits accrochés et la prise de risque continue des banques, dans une conjoncture
que tout le monde traite de pas bonne ou pour le moins, encore instable. Pensez-vous que le secteur bancaire, lui-même
encore en phase de restructuration et de modernisation, puisse encore se permettre cette voie?
Il faut d'abord rappeler, que pour créer une économie
nationale, il fallait au début de l'indépendance miser sur un capital national qui n'existait pas.
Forcément, les risques pris par les banques étaient importants. On en voit, jusqu'à maintenant,
les conséquences.
Les choses ont radicalement changé, depuis l'introduction des
règles prudentielles et l'évaluation des risques est maintenant une préoccupation majeure
de toutes les banques. Il y a maintenant une plus grande sélectivité en terme de choix de financement
d'investissement et d'exploitation.
Reste que la Tunisie est passée en 2002 et je pense en 2003
aussi, par une conjoncture difficile, provenant d'un environnement délicat, que ce soit pour l'économie
européenne ou l'économie américaine. Et cela se répercute, en terme de croissance,
sur notre économie. Il est donc normal que certaines affaires se soient fragilisées par cette conjoncture.
Pour ma part, je demeure confiant et persuadé que ce n'est qu'une
crise conjoncturelle qui touche surtout le tourisme et l'industrie manufacturière. Mon espoir est que 2004
sera meilleur et que nous puissions retrouver un rythme de croissance normale de l'économie Tunisienne et
par voie de conséquence atténuer les risques rattachés au financement.
N'empêche que les banques ont pris l'initiative d'anticiper et
de privilégier, pour les années 2002 et 2003, la réservation des intérêts et
la constitution des provisions pour se constituer un matelas de sécurité qui leur permettrait de
faire face à tout éventuel aléa.
Cela n'empêche ! Le problème des crédits classés
se pose avec une acuité, de plus en plus grande pour les entreprises de crédit; les grands groupes
s'endettent de plus en plus auprès d'un secteur bancaire qui se finance, en recourant à la BCT. Est-ce
que c'est encore la bonne voie ?
Les créances classées sont un encours qui découle
d'une exploitation de plusieurs années. C'est l'accumulation des efforts consentis par les banques, durant
les dernières décennies, qui se traduit inévitablement et de manière prévisible
par des créances accrochées. On ne peut pas financer le développement et espérer que
tout l'effort de financement se traduise par des créances saines.
Le débat, à mon sens, est tout autre et ne se pose pas
à partir du constat des créances accrochées ! Aurions-nous pu avoir le tissu industriel, la
capacité hôtelière et les activités de services qui sont aujourd'hui les notre, si nous
n'avions pas agit ainsi, et pratiqué une politique prudente et restrictive de financement ? Il ne faut pas
oublier non plus que tous les hommes d'affaires qui opèrent aujourd'hui sont la création des banques.
Certains ont été à la hauteur, d'autres ont malheureusement mal tourné et c'est le
propre de l'économie. Il ne faut pas dramatiser mais traiter la question d'une manière pragmatique
et là, le changement de l'environnement des affaires peut nous aider.
A ce propos ! Vous étiez, deux années en arrière,
un fervent dénonciateur de la loi sur les entreprises en difficulté que vous accusiez de refuge pour
les mauvais payeurs et d'entrave au processus de recouvrement des créances accrochées. L'êtes-vous
encore ? Est-ce qu'il y a une autre voie ?
Absolument ! Il suffirait pour cela de réaménager et
de mettre de l'ordre dans cette loi que certains utilisent pour organiser leurs faillites et laisser une ardoise
importante chez les fournisseurs et les banques.
Il est normal d'aider les entreprises en difficultés. Mais encore
faut-il que ce soit celles qui sont réellement en difficulté. De là à faire de ce cadre
généreux de la part de l'Etat, un refuge pour ne pas faire face à ses obligations, il y a
un pas à ne pas franchir. On doit rapidement stopper cette hémorragie et ne pas donner un mauvais
exemple et de mauvaises idées aux bons payeurs. Il y va de la survie de l'économie du pays que de
réhabiliter la confiance entre les banques et les entreprises et de réhabiliter le respect de l'engagement.
Les banques sont disposées à étudier la question de ces crédits, au cas par cas et
trouver les solutions appropriées, en terme de rééchelonnement, d'abattements d'intérêts
de retard, de soutien complémentaire ou de recherche de partenaire. Mais tout cela suppose la transparence
et la volonté réelle de sauver les affaires.
Ne pensez-vous tout de même pas que les banques prennent plus
de risque qu'il n'en faut avec certains groupes, qu'elles le font en dehors de toute concertation et sans la désignation
d'une banque chef de file, comme le leur demande la BCT ?
On peut toujours améliorer l'organisation. La concertation existe,
mais elle n'est pas techniquement formalisée et c'est ce qu'il faudrait faire. Je pense quand même
que cette question des groupes est à traiter avec beaucoup de doigté et ne pas la limiter à
l'endettement.
Pour faire faire du développement dans une économie libéralisée,
vous êtes obligé de faire de l'accumulation de capital. Une accumulation qui doit se faire entre les
mains de certains patrons de l'industrie, du tourisme et des services et qu'il faut bien choisir, sur la base de
leurs compétences, leur transparence et leur sens de l'organisation et miser sur eux pour construire l'économie.
Quitte à les endetter ?
La dette n'est pas un mal en soit. C'est même un acte qui s'inscrit
dans l'ambition de l'être humain. Ce qu'il faudrait approfondir, c'est l'usage que font ces groupes des financement
qui leurs sont alloués.
La banque a-t-elle les moyens de vérifier cela ?
Nous avons des structures de suivi de plus en plus performantes et
qu'on développe. Avec la concertation, il est possible d'orienter le financement vers l'objectif escompté.
Créer un chef de file ne veut en tous cas pas dire, limiter le financement aux groupes, mais plutôt
organiser le financement, assurer un meilleur suivi, qui soit collégial pour que les décisions soient
homogènes.
AMEN BANK vient dernièrement de signer un contrat avec la société
française STERIA pour l'acquisition d'un nouveau système d'information. Pourquoi et dans quel objectif
?
Les évolutions que connaissent actuellement les modes de communication
en matière d'Internet, les changements opérés dans les logiciels informatiques ainsi que les
modernisations intervenus dans le métier de banquier et les exigences de la clientèle d'une qualité
d'information irréprochable et d'un service de plus en plus rapide, nous ont en effet amené à
moderniser le système d'information de la banque.
Deux options s'offraient à nous. Soit de continuer à
développer des logiciels maison, conçus et réalisés par nos équipes d'informaticiens,
soit acquérir une solution de global banking. Nos études ont opté pour cette dernière
solution, rapide à installer, qui nous place immédiatement dans les standards internationaux d'information
et nous permette les évolutions, les adaptations et l'intégration, le cas échéant,
de nouveaux produits.
Qu'est-ce que cette solution de global banking, apportera de nouveau
pour votre clientèle ?
Si on avait à donner une définition à la banque,
on dirait que c'est "des hommes et des femmes compétents, appuyés par un système d'information
performant". Cela voudra dire, pour notre client, une collecte et une transmission de l'information en temps
réel, une rapidité dans la prise de décision, une intégration de toutes les fonctions
de la banque et une disponibilité d'une masse d'informations par client pour consacrer l'approche de la
gestion de la banque, non pas sur la base du compte, mais sur la base du client qui sera au centre de notre système
d'information.
Cette solution STERIA, c'est un investissement de combien pour la banque
?
Il est assez important, puisqu'il concerne l'achat de la licence, sa
mise à jour, l'achat d'équipements informatiques et des logiciels d'accompagnement. Son coût
se situe à quelques millions de dinars.
Vice-Président Directeur Général d’Amen
Bank
La Tunisie a vocation à devenir un pôle
régional de santé
M.
Ahmed El Karm développe depuis quelques années l’idée de faire de la Tunisie un centre régional
de santé avec d’importantes infrastructures hospitalo-universitaires à même d’attirer un flux
considérable de patients étrangers (maghrébins, africains, européens et mêmes
nord-américains). Il nous parle de conditions à remplir pour permettre à Tunis d’émerger
comme centre de soins.
Eu égard aux progrès réalisés dans plusieurs
domaines, la Tunisie a-t-elle aujourd’hui vocation à devenir un centre régional médical?
La Tunisie
peut, valablement, devenir un centre médical régional ; cette volonté s’inscrit pleinement
dans les mutations économiques de notre pays. Nous sommes maintenant dans l’obligation de miser sur
ce que nous appelons les secteurs à forte intensité d’intelligence, c’est-à-dire des
services qui ne se basent pas sur la forte intensité de travail mais plutôt sur le savoir intellectuel.
Parmi ces
secteurs d’intelligence, il y a au premier chef le secteur de la santé. Et fort heureusement, la Tunisie
a déjà acquis d’énormes avancées en termes de santé; elle en a fait un des axes
fondamentaux de son développement, avec l’éducation et le contrôle des naissances et l’émancipation
de la femme. De ce fait, nous avons maintenant un environnement qui est très propice au développement
d’un secteur de santé de qualité: des médecins connus et chevronnés, une capacité
confirmée à gérer des hôpitaux et des cliniques privés, une grande capacité
hôtelière qui peut servir pour la convalescence des malades. Toutefois, il faut reconnaître
que subsiste encore un problème au niveau du corps paramédical, mais c’est une question facile à
résoudre. En effet, en deux ou trois ans de formation, il est possible d’avoir des infirmiers(ères)
et des techniciens d’un haut niveau. C’est dire que tous les ingrédients sont réunis pour faire de
la santé un secteur porteur comme l’est le tourisme, et comme l’a été et l’est encore le secteur
des industries manufacturières exportatrices.
Comment faire pour que ce secteur soit inscrit comme secteur prioritaire?
Pensez
que le malade italien, quand il va voir son médecin pour une opération chirurgicale, ce dernier lui
donne rendez-vous non pas à Rome mais à Nice ou à Marseille. Pourquoi? Parce que les coûts
d’hospitalisation à Nice et à Marseille sont moins chers qu’à Rome. Que dire alors de Tunis.
Cela signifie que nous avons un avantage comparatif très important en termes de maîtrise des
coûts de la santé, alors que les pays européens se débattent dans des problèmes
énormes, des coûts excessifs, d’infrastructures manquantes, du corps hospitalier surmené,
de déficit de sécurité sociale, etc.
Certains pays
ont des retards énormes en termes de structure hospitalière, comme c’est le cas en Grande-Bretagne
où le malade peut parfois attendre plusieurs années pour subir une intervention médicale.
Pour trouver une solution, les Britanniques vont même jusqu’à envoyer leurs malades se soigner en
Inde.
Existe-t-il un marché pour ce tourisme?
Pour
toutes ces considérations, je
pense que l’Europe peut constituer un marché potentiel pour nos structures de santé, sans oublier,
bien entendu, la Libye, l’Algérie et les pays d’Afrique noire, qui, notamment pour des problèmes de visas, ne peuvent plus se déplacer facilement
en Europe. Tunis pourrait ainsi constituer une sorte de palliatif de qualité pour ces patients. Donc, le
marché est mûr, il faut prendre les actions nécessaires pour que Tunis émerge comme
pôle régional de santé.
Autour de
cette idée-force, il y a lieu de construire une stratégie: développer davantage l’infrastructure
de soins, mettre en place des produits de tourisme de santé pour le patient, qui viendrait se faire soigner
chez nous et aimerait profiter de la période de convalescence pour faire du tourisme. Je reste convaincu
que, si nous misons, avec un plan national, sur ce secteur porteur qu’est la santé, nous aurons une forte
chance d’acquérir des avancées réelles et faire de la santé un des vecteurs de
croissance de la Tunisie pour les années à venir.
Concrètement, que faudrait-il faire?
Concrètement,
il faut, en premier lieu, mettre en place un cadre réglementaire qui soit souple, d’abord au niveau de l’acceptation
médecins étrangers, ne serait-ce qu’au début. Cela est de nature à rassurer certains
malades qui voudraient se retrouver en Tunisie avec leurs médecins; c’est normal, mais je pense que c’est
une revendication qui ne va pas durer dans le temps, car ils vont se rendre compte très vite que la compétence
des médecins tunisiens n’a rien à envier à celle de leurs collègues étrangers.
Deuxièmement, le gouvernement a fait des actions merveilleuses quand il a pris en main,
à certaines époques de l’histoire de la Tunisie, l’aménagement des zones d’habitation,
touristiques, industrielles... Est venu maintenant le temps pour aménager des zones de santé. On
cite comme exemple la région de Jebel Oust ou celle de Zaghouan qui est une zone forestière non loin
de Tunis et d’Hammamet. Cette région pourrait servir de base pour une vaste zone d’aménagement
de santé où l’on trouvera au cœur une grande et moderne faculté de médecine dont on
aménagera autour d’elle des terrains ou des locaux pour abriter des hôpitaux, des cliniques,
des centres de soins et de rééducations, des laboratoires, des centres de recherches, des industries
et des médicaments etc.
Pour la promotion de cette zone de santé seront engagés des capitaux tunisiens et étrangers,
et l’on recevra des malades nationaux et étrangers. De plus, la concentration des services de santé
en une seule zone fera profiter le secteur des économies d’échelle et des effets d’entraînement.
Il est normal que les établissements privés acquéreurs de terrains aménagés
suivent un cahier des charges pour s’assurer de la réalisation d’entités opérationnelles répondant
aux normes internationales.
Troisièmement, il faut essayer de conclure des accords avec les Caisses et Organismes de Prévoyance
européens pour qu’ils acceptent de prendre en charge le coût des soins de leurs malades en Tunisie.
A premier lieu, cela ne devrait pas poser de problèmes, du fait que les soins en Tunisie reviennent
largement moins cher, permettant ainsi d’atténuer le déficit de la sécurité sociale
dans la plupart des pays européens.
D’où la nécessité
de la mise en place d’une structure spécialisée dans le domaine de l’investissement ?
Il faut enfin penser à la création d’une Agence des investissements tunisiens
et étrangers. Elle veillera au règlement de tous les problèmes que pourraient rencontrer les
opérateurs dans la réalisation de leurs projets. Si nous agissons dans ces quatre directions, le
marché pourrait percevoir dans cette démarche une volonté politique confirmée
pour faire de Tunis un centre régional de santé.
D’ailleurs, la Tunisie ne serait pas le premier pays à axer son développement sur le
secteur de santé ; il y a Cuba et le Brésil, pour ne citer que les plus connus en la matière,
qui tout en étant des pays en développement ont réussi à faire de la santé un
secteur d’exportation.
La Tunisie pourrait s’inspirer des expériences des pays qui nous ont précédés.
Il suffit simplement de déclarer la promotion des investissements privés dans la santé comme
un choix stratégique permanent, comme cela a été fait pour le tourisme, les industries exportatrices
etc.
Les retombées seront très rapides notamment au niveau de l’offre de l emploi pour une
main-d’œuvre de plus en plus qualifiée.
Qu’en est-il au niveau d’Amen
Bank ?
Amen Bank a réalisé depuis longtemps que le secteur de la santé est un
secteur d’avenir, et ce en partant d’une réflexion toute simple : nous avons étudié la
composition du panier de la ménagère et avons remarqué que la part réservéé
à l’alimentation et l’habillement est en train de diminuer à l’avantage notamment de celle réservée
à la santé. L’augmentation du niveau de vie et du niveau d’instruction a fait que le tunisien, comme
partout dans le monde, s’occupe mieux de sa santé. Donc, pour un banquier, c’est un créneau où
il de vient devient possible de faire des investissements à la fois utiles et rentables.
Fort de ce constat, Amen Bank a conçu une stratégie qui privilégie le démarchage
des acteurs de la santé dans toutes les disciplines. Cela va de la fabrication des médicaments,
de la distribution de médicaments, des officines de pharmacies, des cliniques privées, des
hôpitaux publics, des centres des soins et de mise en forme, de médecins et de techniciens supérieurs
etc.
Pour tous
ces acteurs, Amen Bank propose des solutions de fourniture de services bancaires, de mobilisation de l’épargne
et de financement des activités, efficaces, performants et d’une mise en place rapide. Toutes ces actions
s’insèrent dans une vision d’avenir de la santé, faisant d’elle un vecteur essentiel de développement
de l’économie nationale et de renforcement de ses capacités exportatrices.